Une capitale vinicole

Une capitale vinicole, un carrefour commercial sans…
chemin de fer

 

Saint Pourçain sur Sioule, jadis compris dans les « treize bonnes villes d’Auvergne », clos de murailles qui lui permirent de résister aux pillards de tout poil, s’est imposé depuis des siècles, comme la capitale d’un vignoble, rétréci mais vivace, et un centre commercial relativement important car placé au croisement de deux grand axes nationaux. Sa population s’est stabilisée entre 4500 et 5200 habitants. L’agglomération s’est agrandie, les faubourgs si mal protégés pendant la guerre de Cent ans et les Guerres de Religion sont devenus de simples quartiers ; et la Sioule, jadis limite de deux Justices, celle de Prieur et celle du Prévôt royal, est devenue un des supports les plus sûrs de la propagande touristique, et d’une communauté d’intérêts un lien exploitable à différents titres, encore que bien gênant par l’étroitesse de son pont, en période de forte circulation routière.

 

Cependant, St Pourçain, avec un beffroi très typé, une église qui l’est moins dans son mélange de roman et de gothique, quelques vieille maisons dont le pavillon d’Anne de Beaujeu, offre peu de vestiges de son passé. On a d’ailleurs fâcheusement modifié les plaques bleues qui rappelaient l’hôtel des Monnaies, l’hôtel des Changes, le marché de l’Ognon, les rues des Canes, de la Poterie, des Boucheries, les puits banaux, bien que Blaise de Vigenère, Pierre Cœur, Jacques de Paroys, Séguier, aient trouvé grâce devant les édiles qui bannirent des noms consacrés par l’usage pour en venir à des Clémenceau, Foch, Joffre, George V, ou à des Metz, Belfort, Verdum, Alsace-lorraine, Paris ou/.. National qui, pour les jeunes générations ne signifient plus grand-chose…

                St Pourçain est resté pendant des siècles une cité gouvernée par des Moines puis par des Bourgeois a gardé longtemps le rythme de vie d’une petite ville indépendante où les différents courants d’opinion se sont affrontés, si l’on ose dire, en vase clos. Et l’on retrouve ainsi, à l’échelon local, les querelles politico-socio-économiques qui animèrent l’histoire nationale du Second Empire à nos jours.

                Manque d’esprit de tolérance, de formation civique voire d’instruction, lutte de classes au plein sens du terme, avec  la rouerie des uns et la naïveté des autres, peuvent prêter à sourire, dans la mesure où présentement, on incline à croire à une amélioration dans tous les domaines, mais l’histoire même de St Pourçain abonde en faits piquants…

 

                Le plus savoureux, sans doute, touchent à la lutte des deux écoles : laïque et confessionnelle qui se prolongea avec deux sociétés de musique rivales, deux services hospitaliers différents, deux partis politiques : les Radicaux et les Modérés qui se succédèrent en mairie et eurent des vues diamétralement contraires sur les procossions les subventions, l’éducation, les rapports avec les desservants de l’Eglise et les locataires du presbytère, avec une association catholique très puissante et une Section de Libre-Pensée non moins agissante.

                D’autres batailles s’éternisèrent entre riverains de la Sioule, la rivière dévorants sur la droite la terre qu’elle ramenait sur la gauche, entre Saint Pourcinois de la vieille ville et les habitants du faubourg Palluet à qui l’on enleva toutes les foires, sauf une, entre Commerçants qui, d’accord pour repousser ou à tout le moins taxer fortement les marchands forains de l’extérieur, ne l’étaient plus sur la fixation d’un lieu unique de marché, entre Citadins du Haut et du Bas de la ville à propos d’un éventuel déplacement de la mairie, entre édiles voulant garder le contrôle d’un Caisse d’Epargne  qu’ils avaient créée et administrateur cherchant à se libérer d’un tutelle  devenue trop pesante…

 

Encore une fois, il s’agit là de faits d’intérêt local, mais combien révélateurs de la vie d’une petite ville qui, d’un siècle à l’autre, conserva jalousement son Salon littéraire, son Cercle de billard, son hippodrome comme autant de symboles de la réussite bourgeoise.

                Sans doute la ville close d’autrefois, avait-elle perdu ses fortification mais pas ses particularismes, ce qui explique peut être pourquoi, elle peina tant à s’ouvrir sur l’extérieur et n’évolua pas aussi rapidement que les cités voisines de Varennes, de St Germain des Fossés, de Gannat qui, elles, au moment propice, utilisèrent a fond, un précieux atout : le chemin de fer.

                Pourtant certains notables saint pourcinois sentirent  que la voie ferré pouvait conditionner l’avenir, mais combien était lourd ce passé d’habitudes et de traditions. On proposa, on délibéra, on vota souvent au Conseil municipal, et pendant un siècle, sur cette possibilité d’ouverture.

                A travers les procès verbaux de réunions, fixons quelques étapes :

 

On est au début du Second Empire. La Commission municipal, le 16 septembre 1852, s’empresse d’adresser au « digne émule du martyr de Ste Hélène », le prince Louis Napoléon de passage à Moulins, un message de fidélité.

                Mais les notables son inquiets. Avant le coup d’état, leurs prédécesseurs ont reçu « avec froideur »  le Préfet et celui-ci à exigé que la première ligne de chemin de fer du Bourbonnais ne passe plus sur la rive droite de l’Allier, mais emprunte la rive gauche par Varennes.

-          Le 5 décembre 1852 le Conseil qui n’a plus d’illusion, propose « qu’au moins » on crée une station à Chazeuil, plutôt qu’à Varennes.

-          Le 11 août 1857 après l’effondrement du viaduc de St Germain des Fossés, le maire adresse au Ministre une lettre résumant la situation :

« Lors de la discussion de la loi sur le chemin de fer du Centre, le tracé touchait St Pourçain, mais la ville n’était pas mentionnée. Un député de l’Allier demanda à la tribune, le motif de cette omission. Le ministre répondit « pour aller de Moulins à Gannat, par où voulez-vous que passe le tracé, si ce n’est à St Pourçain ».

« une lutte étant survenue entre plusieurs prétentions rivale, au sujet de m’embranchement sur Roanne, malgré les promesse faites à la tribune, l’adjudication du viaduc, sur l’Allier au lieu de Saint Loup, fut donnée sur le territoire du canton de St Pourçain, les terrains furent achetés et six kilomètres de terrassement exécutés à St Pourçain et Ambon de Loriges ; on trouva une autre ligne pour aller de Moulins à Gannat, tout le tracé fut changé au grand détriment du canton du Montet, de Chantelle, de St Pourçain et de toute la partie occidentale de l’arrondissement de Gannat…

                « L’importance de Clermont, dans ses rapports avec  Lyon, avait dû fatalement amener ce résultat bien imprévu… mais aujourd’hui que Clermont est à la veille d’obtenir une voie de plus directe  et plus courte sur Lyon, aujourd’hui que la ligne de Moulins à Rouanne et à Vichy s’achève, ne serai-il pas juste de rendre à nos contrées les avantages de la loi primitive ?

 

« Au  lieu de reconstruire le viaduc de St Germain, on ferait passer plus facilement la ligne par St Pourçain et St Rémy.

« La fertilité de nos contrées, l’importance de notre halle aux grains, l’exportation considérable de nos vins, le commerce remarquable de notre ville où aboutissent onze route principales, sont connus et à nos produits s’ajouteraient encore le transport de ceux du canton de Chantelle, de ses grains, de ses vins, de ses bois, de ses bestiaux, des houilles du Montet et dans l’intérêt de l’agriculture, l’exportation de la chaux qui se fabrique dans nos localités, en notable quantité

                « La réparation que nous osons demander à votre Excellente possède en outre, un caractère tout particulier, c’est que basée sur un retour à la loi, elle ne saurait nuire à autrui et que tout en profitant à notre pays, elle rentre entièrement dans l’intérêt général ».

-          Le 12 mai 1860, le maire interroge encore : pourquoi pas une ligne Tour-Clermont par St Pourçain et délaissant Gannat déjà favorisé ?  Pourquoi pas une ligne  Montluçon –Montbrison desservant les gites houiller de Commentry, de la Verdane ( St Eloy) du Kaolin d’Echassières et les bassins de la Sioule, de la Bouble et de l’Allier ?

-          Le 9 février 1865, pourquoi pas une ligne C hantelle-Bayet-St Pourçain-St Germain ?

o   Aucune réponse. Le conseil envisage d’autres solutions.

-          Le 14 mars 1878, « un canal latéral de l’Allier partant de Pont du Château relié au canal de Rouanne par une rigole (sic) navigable à travers l’arrondissement de Lapalisse, faciliterait le commerce en parallèle avec un ligne de chemin de fer d’intérêt local de Bellenaves à Paray le Monial par Chantelle et St Pourçain ?

o   Le conseil général s’intéresse à cette dernière affaire. On établit un réseau départemental de chemins de fer économiques.

-          Le 17 décembre 1884 le Conseil vote un crédit de 21 300 fr pour la percée de l’avenue  de la gare du Tacot.

-          Le 21 mai 1891, il calcule comment agrandir cette gare, preuve que le trafic y est important.

-          Le 7 mars 1901, revient le projet d’un canal de Brassac à Moulins, par Clermont, Riom, Gannat et St Pourçain, canal qui, de Moulins, serait relié à celui de Sancoins.

-          Le 22 mai 1901, le maire appuie un autre projet de création d’une brettelle du P.O de Tronget à St Germain, par St Pourçain.

-          Le 3 avril 1905, voici que la Compagnie P.L.M offre de construire une voie ferrée Gannat-Ma Ferté Hauterive par le Mayet d’Ecole, Brout-Vernet, Bayet, St Pourçain et le Conseil (moins deux voix)  s’engage à une participation de 100 000 fr sur une dépense de II millions.

-          Le 3 janvier 1907, on discute de l’emplacement de la nouvelle gare.

-          Le 18 novembre 1911, on prie respectueusement le Ministre des Travaux publics « d’activer le percement de cette ligne, car le retard est préjudiciable aux intérêts de St Pourçain, dont les foires baissent ou stagnent, la ligne économique obligeant au transbordement des animaux sur la grande voie ferrée, alors que les cités voisines Moulins, Gannat, Varennes, bénéficient de l’infériorité de St Pourçain pour augmenter leur commerce ».

-          Le 17 février 1913, on s’inquiète « les terrains ne sont pas encore achetés ».

o   Et puis c’est la guerre et une longue période d’incertitudes.

-          Le 26 février 1929, le Conseil remercie  M. Albert Peyronnet sénateur ancien ministre, Régnier et Beaumont sénateurs, Pradon-Vallancy député qui « agirent efficacement pour l’achèvement de la ligne La Ferté-Gannat intimement liée à la prospérité et au développement de tout l’arrondissement de Gannat et de St Pourçain en Particulier ».

-          Le 18 décembre 1931, on s’indigne « les Chemins de fer économiques veulent augmenter leurs tarifs de 300 % pour les voyageurs et les chiens. 500 % pour les marchandises et diminuer le trafic avec des autorails. Le Conseil réclame la création d’une Commission compétente à l’échelon départemental pour réviser les moyens d’exploitation.

-          Le 7 septembre 1934, (alors que la gare P.L.M est inaugurée depuis 1932) le Conseil est avisé que la Compagnie va « supprimer deux trains de voyageurs entre Moulins et Clermont Fd, par raison d’économie et pour cause de fréquentation notoirement insuffisante, elle propose un service d’autorails ».

-          Le 18 décembre 1938, le Conseil constate qu’il n’a y plus de trains de voyageur et réclame une Micheline.

Le « tacot » à son tour disparaît en 1939.

-          Le 11 juillet 1943, le Conseil songe à acheter les dépendances de l’ancien Chemin de fer économique, soit 2 000 fr du km de ligne et 50 000 fr le pont métallique sur la Sioule et dont la pille centrale s’est affaissé.

-          Le 6 juillet 1945, le marché est conclu.

-          Le 9 août 1946, protestation contre la fermeture totale du trafic voyageur à la gare SNCF. On veut l’amélioration des relations St Pourçain-Moulins par la mise en service d’un car Citroen quotidien, les cars Moulins-Clermont sont généralement bondés au passage à St Pourçain.

-          Le 14 novembre 1946, M. Marcel Pouyet député, signale être intervenu près du Ministre des Transports et le Comité départemental. Conclusion, on mettra en service cinq navettes de car Citroen, mais la ligne fermé depuis août 1939 ne sera pas rouverte. D’autre part la société T.P.N propose d’augmenter les services Vichy-St Pourçain-Montluçon, à la condition qu’on supprime le service par car Citroen Moulins-St Pourçain-Vichy.

Mais cessons de tourner les pages des registres municipaux pour noter qu’actuellement, plus rien ne subsiste de l’ancienne gare SNCF accueille un train quotidien de marchandises circulant uniquement sur le tronçon La Fetté-St Pourçain-Gannat, à des communes qui ne savent qu’en faire !

Ainsi, St Pourçain espéra pendant dix ans être desservi par la grande ligne Paris-Nîmes, attendit pendant… vingt sept ans une ligne dite stratégique, dite à grand trafic et qui fût partiellement désaffecté après sa mise en service.

                Tous les maîtres, successivement pendant un siècle signalèrent les anomalies de cette situation. En vain.

Ce que nous avons conté là, ne pourrait-il pas être repris sous une autres forme, montrant comment les Administrations tergiversant, combinant, tranchant, se dédisant, sans se soucier des intérêts des collectivités accumulèrent les erreurs coûteuse ; comment aussi les édiles saint pourcinois du Second Empire à la Troisième République ne surent pas et on leurs reprocha ; tirer les sonnettes. On déborde de l’histoire pure pour rentrer dans la politique, mais celle-là ne fait-elle pas celle-ci en définitive ?

La route désormais rivalise avec le rail et St Pourçain s’industrialisent un peu, mais avec plus d’un demi siècle de retard. Cette lenteur dans l’orientation fut-elle sage ? On laisse aux Economiste et faiseurs de plans le soin de conclure.

J.George-Julien

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